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Pensamentos Nómadas

Nomadic Thoughts - Pensées Nomades - Кочевые Мысли - الأفكار البدوية - 游牧理念

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Promenade à Beyrouth, par Claire Fighiera

 

 

 Lettres de Syrie - 2

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Claire    SOCIEDADE   en français  

 

Comme nous avions toujours entendu parler de Beyrouth comme du “Paris du Moyen-Orient”, capitale de la “Suisse du Moyen-Orient”, on a trouvé à l’arrivée ce à quoi on s’attendait : un endroit cher et occidentalisé. Malgré tout, en tant qu’étrangers nous avons été beaucoup mieux reçus que les étrangers qui arivent à Paris ou en Suisse.

 

Nous nous sommes retrouvés malgré nous dans la zone touristique de Beyrouth, Gemmayzeh, qui ressemble exactement au Beyrouth auquel on s’attendait : des endroits chics, lounge, des hypsters, des prix élevés. Morts de fatigue et de faim on se résigne à rester dans une auberge à contrecœur, le genre d’endroit cool où tout et tout le monde est de bon goût, mais où ça ne sent pas très bon quand on creuse un peu, et où l’on ne se sent vraiment pas à l’aise parce que, par exemple, on nous regarde bizarrement parce qu’on ne consomme pas consommer de cafés à 3,50€.


Cette ville est manifestement une porte sur le monde, un monde des possibles et des impossibles, ça dépend pour qui. Ça parle beaucoup d’argent, de très grosses sommes, en dollars. Ici on peut payer en dollars sans problèmes, et même en euros. Les touristes de Gemmayzeh peuvent passer tout leur séjour à Beyrouth, à Gemmayzeh, et rentrer chez eux en disant que Beyrouth est merveilleux, tellement moderne et cosmopolite.

 

Je dirai que c’est vrai ça l’est, mais j’ai peur que de nombreux touristes de Beyrouth aient trop peur de découvrir la ville par eux-mêmes, au point de payer pour faire ça :

 

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Marcher, oui, c’est ce qu’il faut faire pour découvrir une ville. Mais l’atmosphère n’est pas très détendue pour un marcheur. Il y a des militaires et des check-point militaires partout. Même si, être militaire au Liban ça n’est pas la même chose que l’être en France ou au Portugal, et les militaires libanais sont contents quand on les salue et nous sourient chaleureusement, et nous disent « welcome to Lebanon », comme tous les libanais qu’on rencontre.

 

Ça n’est pas du tourisme morbide que nous avons cherché à faire, comme partout on a marché, et quand on marche dans Beyrouth on ne peut s’empêcher de penser que c’est une ville meurtrie. Dès la sortie de Gemmayzeh il est facile de trouver des immeubles avec des traces de tirs, beaucoup d’entre eux. Un très grand nombre de logements sont inoccupés, constatation frustrante au possible quand on sait que le Liban accueille 2 millions de réfugiés syriens, que leur arrivée a fait considérablement grimper les prix à Beyrouth, et que nombre d’entre eux ne peuvent pas se loger. Le downtown, centre géographique et commercial, a des allures post-apocalyptiques. Il est fermé aux voitures (au moment où on y est allés) et il s’y trouvent autant de militaires que de piétons, ce qui fait qu’on croit chaque rue fermée au public, mais non, on peut se rendre dans ces artères bordées de vitrines de magasins fermés contenant des restes de marchandises exposées, comme si leurs propriétaires étaient partis brusquement. On n’a pas envie de s’éterniser dans cette atmosphère glauque et lorsqu’on en sort on tombe sur le palais présidentiel, que l’on a déjà vu tant de fois apparaître en fond dans l’émission de géopolitique Cross Talk sur RT, lorsqu’un intervenant s’exprime de Beyrouth. Mais lorsqu’on veut prendre une photo de l’édifice un militaire nous fait signe que non. Juste à côté se trouve …… , mais on ne s’essaiera pas de le prendre en photo, bien-sûr . On ne visitera pas non plus le cimetière druze que nous avons vu sur la carte, puisque le militaire à l’entrée nous fait signe que « ça ne va pas être possible ». La partie « normale » de la ville que nous visitons, c’est-à dire après le centre touristique et la zone ultra-militarisée en direction de l’ouest est assez agréable, on y retrouve le Moyen-Orient qu’on aime, des produits qu’on connaît de Turquie, Syrie, Iran, des boutiques familières, des gens simples et accueillants, et, bien-sûr, pas un seul touriste.

 

Nous nous rendons au « rocher » (à prononcer avec l’accent arabe), quartiers chics au bord de la mer, bordés par de majestueux rochers dans l’eau. Si l’on reste à l’une des nombreuses terrasses qui bordent la falaise, on peut jouir de la vue et apprécier l’un des spots les plus prisés de la ville. Mais si l’on s’approche du bord on peut voir que le rocher si convoité est entouré d’ordure, en bas de la corniche qui jouxte les falaises, et que les gens n’ont aucun scrupule à jeter des détritus en tout genre qui resteront flotter en bas de ce panorama idyllique.

 

Non loin du Rocher se trouve la plage, vision de paradis pour nous qui avons marché tout l’après-midi et qui sommes sales, collants et morts de chauds. Nous nous y rendons, il y a déjà des gens qui y sont s’y baignent, fument le narguilé, boivent du thé. Côte à côte on peut voir une femme entièrement voilée se baigner et une autre en maillot de bain. A croire qu’il n’y a qu’en Europe que ça pose des problèmes ! L’heure est parfaite, la lumière du soleil couchant se répand sur l’eau et la fait briller d’une lumière métallique.  A l’approche de l’eau on ne peut pas en croire nos narines : la mer sent littéralement les égouts ! On s’est déjà baignés dans des endroits douteux mais là, la mer, une plage entière on n’a jamais vu ça. On abandonne l’idée d’aller au bain, oui, Beyrouth a des problèmes d’eau courante, et là on dirait que les égouts se déversent littéralement dans la mer!

 

Notre séjour à Beyrouth s’est nettement amélioré lorsqu’on a changé de logement pour aller à Al-Nazzih, un vrai hôtel, avec de vrai gens et aussi de vrais clients, comme Julia qui, avec son association Contaminando Sorrisas, une association qui pratique les arts du cirque avec les enfants, revenait d’une école qui donne des cours à des réfugiés syriens, qui a bien besoin de professeurs. Julia allait nous accompagner dans notre excursion à Shatila (voire article 1), et surtout, nous donner le contact de Vittorio, d’une ONG qui s’occupe de l’école Malaak. Flor a suivi Julia d’un jour, arrivée dans la même pension elle revenait aussi de l’école Malaak. Comme elle est mexicaine,  photographe et journaliste, on a des informations très intéressantes à partager. On parle de l’enfer que vivent les mexicains au quotidien avec la violence qui y règne dans un contexte de guerre des cartels de drogue mais dont on ne parle pas ou peu. Là-bas la vie ou la mort est une question de chance et il n’est pas si rare de recevoir une balle perdue pendant son sommeil, comme cela a failli lui arriver. Elle nous apprend aussi, entre autre, que lorsque qu’un ressortissant mexicain prend un vol pour un autre pays et doit survoler l’espace aérien américain il doit obtenir un visa pour les Etats-Unis OU fournir le mot de passe de son compte facebook aux autorités américaines (non, ça n’est pas une blague), et lorsque l’avion survol ce beau pays, les passagers ont pour consigne de baisser les stores… intéressant ! Flor nous raconte aussi son expérience à l’école et nous confirme qu’ils ont besoin de volontaires. Nous appelons le contact que les filles nous ont donné, il est très enthousiaste à l’idée de notre venue car il n’y a plus aucun volontaire à l’école pour le moment. Nous nous y rendrons le surlendemain.

 

Claire Fighiera, 30.08.2017, Minyara, Liban

 

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