Saltar para: Post [1], Pesquisa e Arquivos [2]

Pensamentos Nómadas

Nomadic Thoughts - Pensées Nomades - Кочевые Мысли - الأفكار البدوية - 游牧理念

Pensamentos Nómadas

Nomadic Thoughts - Pensées Nomades - Кочевые Мысли - الأفكار البدوية - 游牧理念

A Beyrouth il y a des libanais, mais pas seulement, par Claire Fighiera

 

 

 Lettres de Syrie - 1

A Beyrouth il y a des libanais, mais pas seulement

   

Claire  POLITICA  SOCIEDADE   en français  

 

Premier récit de notre voyage au Liban, qui sans être un manque d’intérêt pour le Liban et ses habitants, nous permet d’aller à la rencontre des syriens et de leur histoire…

 

A Beyrouth il y a des arméniens

A notre arrivées à Beyrouth, nous nous sommes retrouvés tout d’abord à Bourj Hammour, là un habitant nous affiche la couleur: il s’extasie en voyant les drapeaux sur le sac de Luís, et surtout le drapeau arménien et nous demande une photo. Puis des morceaux d’Arménie défile sous nos yeux : nous marchons rue d’Arménie, les graffitis et flyers collés au mur sont écrits en arménien, des drapeaux arméniens, des églises arméniennes, dans des boutiques de jus de fruits on peut voir des icônes de l’église arménienne, des photos du mont Ararat, des miniatures de tapis arméniens, etc. J’apprendrai plus tard sur internet que les libanais arméniens représentent 4% de la population et qu’ils ont même 5 sièges assurés au Parlement libanais sur 128 sièges.

 

A Beyrouth il y a des Palestiniens

On accède au camp de réfugiés palestinien de Shatila  après un checkpoint de l’armée libanaise (l’un des nombreux de la ville), où des soldats nous arrêtent gentiment, plus par curiosité que pour  un vrai contrôle. Construit en 1949 pour accueillir 3000 personnes, le recensement très difficile à effectuer dénombrerait aujourd’hui 22500 personnes, palestiniens, libanais pauvres, réfugiés syriens et autres. Julia, l’espagnole qui nous accompagne ce jour-là, a été logée chez des gens du quartier et nous raconte qu’il y a de gros problèmes d’approvisionnement et d’assainissement de l’eau, autant dire que les gens se lavent avec de l’eau des égouts très mal traitée, entre autres problèmes. Le marché couvre une grande zone du quartier, c’est très mouvementé, avec une grande concentration de gens, on étouffe. On essaie toujours de se mettre à la place des gens quand on essaie de comprendre les choses, je m’imagine devoir venir habiter ici du jour au lendemain et je comprends mieux pourquoi les gens ont l’air dur. Shatila n’est clairement pas soutenu par la municipalité et le travail d’amélioration est laissé aux ONG, on ne cesse d’être écœurés quand on voit la richesse qui règne dans cette ville. Et, oui, il doit y avoir beaucoup de commerce illégal et autre, quand on n’a pas le minimum vital dans une des plus grandes villes du Moyen-Orient, sans se cautionner ça se comprend. J’ai appris plus tard avec effroi que c’est là que s’est déroulé le massacre de palestiniens et de chiites libanais organisé par l’armée israélienne en 1982 pour  y supprimer des présumés combattants palestiniens. L’arrivée des syriens, bien-sûr, n’a rien arrangé aux problèmes de surpopulation du camp. A la fin de la rue du marché Luís se dirige vers un vendeur qui vend des maillots de foot, la plus grande partie des maillots est du Barça ou de Real Madrid. Quand Luís choisit un maillot avec un drapeau syrien on peut lire l’effarement  sur le visage du vendeur. Il nous gratifie d’un beau sourire et d’une photo:

 

Nous continuons notre marche pour aller voir une fresque que nous avions aperçue en voiture :

 

A Beyrouth il y a des éthiopiens

En marchant dans la ville on ne peut pas ne pas remarquer qu’il y a beaucoup de gens venus d’Afrique. A la pension où nous dormons il y a une employée noire, parlant parfaitement l’arabe, et qui discute avec le patron, l’autre employé et les clients comme si elle était de leur famille. Elle est éthiopienne, nous imaginons donc qu’il doit y avoir beaucoup d’autres immigrés au Liban, à d’autres visages croisés dans la rue nous supposons qu’il y a aussi beaucoup de soudanais, ainsi que d’autres communautés africaines.


Une autre chose que l’on ne peut s’empêcher de voir est la manière dont les libanais et africains vivent bien ensemble : à de nombreuses reprises on a pu voir un libanais et un/e africain/e assis ensemble à discuter, faire un jogging, ou même mariés, comme l’est notre adorable employée d’Al-Nazzih.

 

A Beyrouth il y a des syriens

A l’aéroport de Tunis, d’où nous avons pris le vol pour Beyrouth, tout le monde a remarqué la magnifique jeune fille blonde et à la robe très courte dans la file d’attente pour embarquer. Le hasard l’a placée à côté de nous dans l’avion, et je pense que personne parmi nos connaissances n’aurait pu deviner qu’elle était originaire… de Syrie. Myriam, c’est son nom, est une réfugiées bien différente de ceux qui vivent à Shatila, puisqu’elle faisait le trajet du Canada jusqu’à Beyrouth pour rendre visite à ses amis d’Alep, d’où elle est originaire. Ce qui montre que le terme « réfugié » peut englober une incroyable diversité de personnes. Myriam est sans aucun doute issue d’une famille aisée, et il n’y a pas l’ombre d’une hésitation lors de notre discussion sur « de quel côté » elle se trouve. Bien-sûr elle trouve aberrante la propagande médiatique qui a lieu contre son pays et son président, et, bien-sûr, soutenir Bashar al Assad et l’armée syrienne, c’est soutenir la Syrie entière, et la paix.


Quelques jours après être entrés à la pension on découvre que l’autre employé qui y travaille est…arménien… de Syrie. George est un exemple de ce que nous avons du mal à concevoir en France : issu d’une famille arménienne, il parle arménien, et la culture arménienne est la sienne, mais il est syrien. Il est heureux de constater qu’on aime son pays et, pour lui non plus il n’y a aucune ambigüité sur le « côté » duquel il se trouve Bien-sûr que la Syrie est souveraine et qu’elle doit être libérée de l’invasion étrangère.


Nous avons rencontré d’autres syriens pendant ces jours passés à Beyrouth, et que pouvions-nous échanger d’autre qu’un sourire, quand nous leur avons dit que nous avions déjà visité leur pays, et qu’il est beau.

 

A Beyrouth il y a des turcs

Dans une rue authentique pleine de boutiques d’artisanat où ne passe aucun touriste, un vieux monsieur faisait du café dans une toute petite roulotte improvisée en café-mobile. Nous commandons un café et l’homme nous demande si nous voulons du café turc ce qui est plutôt étrange puisque les libanais appellent café libanais ce que nous appelons café turc. Nous commandons donc des cafés turcs, et comme je demande au monsieur d’où il vient, il me dit qu’il est turc. Une joyeuse conversation commence en turc, mal parlé pour ma part, mais assez intelligible pour avoir un sympathique échange. Je me demande vraiment ce qu’un monsieur de Turquie, où la qualité de vie est bien plus élevée qu’ici, fait dans ce quartier pauvre de Beyrouth, mais il me manque beaucoup trop de vocabulaire pour le faire. Alors on lui dit au revoir, et bien-sûr, il nous offre des cafés.

 

A Beyrouth il y a des Libanais

On appelle Beyrouth le « Paris du Moyen-Orient », capitale de la « Suisse du Moyen-Orient ».


D’abord il faut dire que le traitement des étrangers ici est bien différent de celui de Paris ou de Bern : à l’aéroport, nid de vautours guettant tous les paumés comme nous n’ayant aucune idée de comment se rendre au centre-ville, prêts à se jeter sur leur portefeuille,  nous avons rencontré 3 jeunes libanais qui ont à peine réfléchi avant de nous proposer de nous emmener au centre avec leur voiture.


Nous sommes surpris de la quantité de gens qui parle anglais, des chauffeurs de «service» (voiture privées aux plaques d’immatriculation rouges faisant office de taxi collectifs), au commerçant d’épiceries en tout genre. Encore une preuve que les petits pays sont plus doués que les grands pour les langues, sans parler des millions de libanais disséminés à travers le monde. Au Liban il y a des libanais, mais moins qu’en dehors du Liban ! La diaspora de ce petit pays d’environ 4 millions de libanais s’estime, au minimum, à une douzaine de millions à l’étranger, sur tous les continents. On comprend mieux leur habilité à parler plusieurs langues.


Parmi ceux qui vivent entre le Liban et ailleurs, nous nous sommes fait plusieurs amis dont un épicier qui a vécu la plus grande partie de sa vie au Brésil. Quel plaisir d’aller lui rendre visite et de prendre les cafés qu’il nous offre dans son magasin, et d’entendre des histoires drôles et sulfureuses comme les raconterait un brésilien, et des anecdotes de chocs culturels vécus par des libanais au Brésil et vice-versa. On a pu le voir échanger des blagues salaces avec une cliente libanaise habituées qu’il nous traduisait en direct, ce qui était vraiment intéressant car on n’aurait jamais imaginé  qu’en tel échange était en train de se passer sous nos yeux et nos oreilles!


Un autre ami qu’on s’est fait à Beyrouth est le patron de la pension Al-Nazzih, la merveilleuse pension où nous avons logé. Mikhaïl le patron, vit entre le Liban et le Canada. Il aime les deux et en même temps ne les aime pas, pour différentes raisons. Ses nombreuses qualités de générosité, d’empathie, d’intelligence sociale et d’analyse font qu’on peut avoir les discussions les plus intéressantes avec lui, sur tous les sujets possibles. Il est encore une preuve qu’on peut comprendre ce qui se passe dans le monde, notamment au sujet de la Syrie, d’une manière rationnelle, sans lire énormément les informations, mais en utilisant son esprit critique.

 

Une autre magnifique rencontre s’est produite grâce à Fairuz, en passant devant une camionnette avec le visage de Fairuz peint dessus. Cette camionnette s’est avérée être un café mobile et une caverne aux merveilles.

 

Le propriétaire de ce café, en voyant notre enthousiasme pour la mythique chanteuse libanaise, nous offre de luxe d’écouter Fairuz, en prenant un café au café Fairuz, au Liban, et pas seulement. Il nous offre des cartes de Fairuz, et fait des allers retours au  camion pour nous montrer des trésors, les uns après les autres. D’abord un énorme pot en verre rempli de pièces du monde entier, dans lequel il nous invite à prendre tout ce qu’on veut, des timbres anciens, des billets de banque, et surtout un très important : un billet de Cuba, le seul pays où il ait envie de voyager. Pourquoi ? Pour son amour inconditionnel pour Che Guevara, c’est lui-même qui place le Che juste en dessous de Dieu, et au-dessus de toute sa famille, héhé ! Et c’est peu dire qu’il l’a dans la peau, puisqu’il a « Che » tatoué à l’intérieur de la lèvre inférieure, et un portrait de lui gravé sur l’épaule. Mais le plus beau cadeau restait à venir. Quand Ahmad nous a demandé si nous voulions voir le vieux Beyrouth, nous étions loin d’imaginer que, là, juste à côté de la rue du camion, sur ce que nous imaginions être un site de travaux, se trouve un énorme site de ruines phéniciennes ! Et voilà, c’était là, sous nos yeux, le « vieux Beyrouth » de plus de 2000 ans, et on n’a eu qu’à se baisser pour recueillir des morceaux de vases anciens éparpillés par terre!

 

A Beyrouth il y a sûrement des gens venus de bien d’autres pays, et, on l’aura compris, il est toujours intéressant de demander aux gens d’où ils viennent.

 

Claire Fighiera, 12.08.2017, Minyara, Liban

 

plus d'articles  de "Lettres de Syrie" ici

 
Vá lá, siga-nos no Facebook! :)
visite-nos em: PensamentosNómadas